Récit d’une jeune femme à l’esprit libre

Ses périples quotidiens, tumultes amoureux, angoisses de mi-vingtaine, moments de délire et bien d’autres impertinences

mercredi 20 juin 2007

La Chute

Vous avez lu La Chute d’Albert Camus? Moi oui. C’était il y a deux ans, alors que je vagabondais sans le sou sur les quais de Paris. Je ne sais pas pourquoi je vous parle de ça. Un moment de nostalgie sans doute. Pour ceux qui l’ont lu, vous avez aimé? Moi j’ai adoré…. Voilà ça me revient. C’est l’histoire d’un homme qui est témoin d’une poursuite sur le bord d’un canal à Amsterdam, justement comme celle à laquelle j’avais assisté par chance, si je peux me permettre de dire ainsi. Tous avaient le regard rivé sur l’homme fuyant à la nage les policiers lambins qui scrutaient avec leur lampe de poche les froissures de l’eau tout en demandant à la foule de garder silence afin de mieux entendre toute forme de clapotis humain. Je n’ai jamais su si le présumé coupable s’est fait prendre ni quels étaient les motifs de sa fuite. Ce ne sont que des détails de toute façon. Ce qui est important, c’est que le roman en question débute avec une scène similaire, une chute, ce qui m’avais fait tout étrange à l’époque, et bien plus maintenant.

C’est donc l’histoire d’un homme, Jean-Baptiste Clamence, qui est témoin d’un drame dans les eaux d’Amsterdam. Ah oui, c’est plus clair maintenant, il est témoin de la chute volontaire d’une jeune femme. Témoin innocent ou coupable malgré lui faute de n’avoir réagit et d’avoir fuit? Ce dilemme mènera à la chute involontaire de Jean-Baptiste qui, pris par le « malconfort », devient témoin de son propre affaissement. Un conte moderne qui rappelle le mythe d’Icare. Vous connaissez Icare? Celui qui voulu défier les lois de la gravité en volant trop près du soleil. Malheureusement, le pauvre Icare s’y rapprochant trop rapidement, fit fondre ses ailes et termina sa quête dans les eaux, non pas d’Amsterdam, mais d’une quelconque mer grecque.



Vous voyez ce tableau de Bruegel intitulé, comme par hasard, "La Chute d'Icare". Si vous ne voyez pas Icare, c'est normal, on ne voit que ses minces jambes se démenant dans l'eau tout en bas à droite, bien après sa chute... Et bien, au lieu de labourer sa terre en sifflotant, ce gentil fermier aurait dû crier à Icare

Jusqu’ici tout va bien
Jusqu’ici tout va bien
Jusqu’ici tout va bien

Ce qui est important, ce n’est pas la chute
C’est l’atterrissaaaaaaaaaaaaage.

Splash! Pauvre Icare.

Ce sont les paroles de La Haine, le film. Vous connaissez? Enfin on s’en fou, c’est un vieux truc. Je me rappelle que tous les garçons à l’école en parlaient comme si c’était le film qui changerait notre vie. Je l’ai vu et ça n’a rien changé. J’ai acheté le CD, pour faire comme tout le monde, et je l’ai écouté à moitié seulement. Dix ans plus tard, ce sont ces quelques paroles qui me sont restées à l’esprit. Et moi de rajouter maintenant:

Encore faut-il qu’il y ait un pilote

La Chute, que ce soit celle d’Icare, de Jean-Baptiste ou d’une quelconque femme, c’est l’histoire d’un être sur le pilote automatique qui subit un bris mécanique. Pessimiste histoire pas vrai. En regardant ce tableau, je ne sais si blâmer l’accablante quiétude du monde extérieur ou la folie d’Icare pour avoir tenté de faire autrement, d’y avoir cru un moment. J’espère pour le moins que les quelques minutes au cours desquelles Icare est resté suspendu dans les airs furent plus enivrantes et élucidantes qu’aurait pu être une longue vie sur terre.

… … Je ne sais pas pourquoi je dis tout ça. Par nostalgie et culpabilité sûrement. Par nostalgie d’une époque d’insouciance qui s’éteint tranquillement… Ou qui change tout simplement; je ne flâne plus sur les quais de Paris mais plutôt sur la rue St-Viateur à Montréal, toujours sans le sou, voilà ma seule constance. Et par culpabilité d’avoir effleuré de mes doigts le soleil sans en ramener un petit bout avec moi.

Je vous laisse sur une devinette : le soleil est à Icare ce que les lampadaire sont aux… Réponse quelque part au mois de mars.

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